Afin qu'il ait une meilleure visibilité pour les lecteurs de ce blog, je publie directement dans un article ce texte transmis en commentaire par Pierre VILLOT, président de l'association "Hautefort, Notre Patrimoine":

 

La Terre du Périgord, les nouvelles de Hautefort
N° 8, Novembre 1969.

Hautefort, ville de garnison


La fête de l’armistice de la guerre de 1914 à 1918 nous remémore un fait particulier de cette époque.

Au printemps de 1915, alors que la bataille faisait rage en Artois, en Argonne, en Champagne et dans les Vosges, Hautefort vivait au ralenti, tous ses hommes valides étant au front.

Le 84ème R.I. d’Avesnes sur Helpes dans le Nord, était alors en stationnement à Terrasson. Composé de territoriaux et de jeunes recrues, son rôle, dans la campagne périgourdine, était de les entraîner, les aguerrir, pour de futurs combats.

Soudainement, une épidémie se déclara et, avant qu’elle ne prenne de l’ampleur la décision de déplacer le régiment fut prise ;

C’est ainsi que Hautefort, les localités principales du Canton et même certains villages durent se répartir la troupe.

Ce fut, bien sûr, un événement. Sur fond de bleu horizon des tenues de troupiers, tranchait le rouge du képi et du pantalon des officiers.

De cinq cents à un millier d’hommes en permanence durant deux ans et demi, cela créait un certain remue-ménage. Le commerce cantonal y trouva son compte bien entendu. Le régiment était commandé par le lieutenant-colonel ESTEVE. A Hautefort, les officiers furent hébergés dans les meilleures maisons. Les soldats étaient dans des granges, des remises, partout où il était possible de les entasser, sur le lit de paille. A la guerre comme à la guerre ! !

L’administration militaire prit ses quartiers au château et à la mairie.
Un poste de garde s’installa au bas de la place de la mairie, dans un local où se vendent aujourd’hui des fruits et légumes. Une guérite lui faisait face, abri d’un fonctionnaire permanent.

La majorité de ces hommes venait du Nord. De vrais « Ch’timis », originaires de Fourmies, Landrecies, Seclin, Marq-en-Barœul, Orchies,, Armentières et Lille, bien sûr. Tous de joyeux buveurs de bière, à l’accent bien particulier et qui bien vite, s’adaptèrent au vin de nos coteaux.

Certains soirs, tout n’allait pas pour le mieux. Les rues retentissaient de cris, de disputes, mais aussi, pour les plus euphoriques, de chants du pays et notamment, le fameux « P’tit quinquin ».

Mais connaissant la destination finale de ces hommes la population les excusait bien volontiers. Toutefois, les plus bruyants étaient sanctionnés de quelques jours de prison. Celle-ci se trouvait dans la cave de « l’épicerie parisienne », sentinelle devant la porte. Les prisonniers chantaient beaucoup, certains à la perfection. On les écoutait même avec beaucoup de plaisir, un moment. Mais tout cela faisait bien du raffût ! Au bout de quelques mois pourtant, un matin, une planche du parquet de l’épicerie au-dessus de la cave fut découverte partiellement déclouée, le travail n’ayant pu être mené à son terme. Plainte s’ensuivit et la prison fut transférée au château.

Sur l’esplanade et dans le parc se déroulaient, chaque jour, exercices, maniements d’armes, défilés. De temps à autre, la troupe prenait la route, pour une longue marche de nuit, musique en tête et revenait, au matin, encadrée par une volée de gosses, friands du spectacle, s’il n’y avait pas école ce jour-là.

A l’occasion de fêtes, la population pouvait assister sur la place de la Mairie à des prises d’armes, avec remise de décorations et aussi à des concerts, par la musique du régiment. Le paisible hôpital – hospice local se trouvait submergé par l’afflux des blessés convalescents ou des malades du 84.

Et l’on se souvient avec émotion du dévouement sans bornes des religieuses d’alors, Mère Julienne, sœur Eléonore et sœur Saint-Michel. Nombreux furent ceux qui, longtemps, leur manifestèrent leur reconnaissance pour leurs soins attentifs.

Avant d’en finir avec cette période extraordinaire nous ne pouvons passer sous silence le nom de Monsieur Emile GAVELLE, caporal au 84, secrétaire du Colonel ESTEVE, conservateur des beaux Arts au musée de Lille dans la vie civile.
Erudit, amoureux des belles choses, il s’est attaché à reconstituer l’histoire de Hautefort dans une plaquette intitulée « Hautefort et ses seigneurs ». Le don qu’il en fît à l’hospice, au profit de laquelle elle est toujours éditée, ajoute à ses qualités .

Le séjour du 84ème R.I. dans nos murs avait à l’époque, profondément marqué la population, très affairée.

Et puis, ces rudes hommes du nord, avant d’aller gagner des batailles sur le terrain, avaient gagné celle des cœurs. Témoins, toutes ces filles du Périgord qui, volontairement, se sont exilées, pour le meilleur et pour le pire ! ! !

Paul SENZIER